la Voix du Nord, le 2/04/2015      

« À peine une sensation » au théâtre de Cambrai : l’illusion en images

 Tel un ciné-concert, le spectacle A peine une sensation, présenté par l’ensemble Anitya, en a dépassé les limites esthétiques habituelles pour jouer des relations et des décalages entre son et image, entre temps réel et temps différé, jusqu’à mettre en abyme la thématique de l’illusion. De quoi ravir les yeux et les oreilles de ceux qui avaient osé découvrir ce spectacle des plus originaux.

 Mosaïque de cinéma

 C’est une véritable plongée dans l’imaginaire qui fut proposé au public cambrésien à travers des films amateurs du siècle dernier. Fête foraine, carnaval, images familiales, truquages au cinéma, fictions frissons, autant de séquences à l’origine muettes qui servirent de support à une création musicale réalisée en direct.

 Formidable univers sonore

 La musique très expressionniste des dix musiciens a merveilleusement souligné la force dramatique, le contenu émotionnel ou le côté humoristique de chaque court-métrage. A tel point d’ailleurs que, très vite, le public a oublié que ces notes étaient distillées en direct.

 De la scène à l’écran

 Le point d’orgue de ce spectacle vraiment pas comme les autres fut sans conteste l’hommage au Nosferatu de Murnau où les personnages du muet se sont soudain trouvés dotés de parole et ont dialogué de la scène à l’écran. Une interaction réglée comme du papier à musique, c’est le cas de le dire… Et un grand coup de chapeau aux deux comédiens Maud Ivanoff et Maxime Nourissat.

 Double de plaisir

 Quelle belle trouvaille aussi que ce double exercice de doublage son sur les mêmes images ! Une bien jolie manière de montrer que l’on peut faire dire tout et son contraire à une réalité qui n’en est pas une… Ainsi, au fil de ce spectacle baroque, les spectateurs ont-ils pu s’interroger sur la réalité et la fiction lorsque l’image s’interpose comme un miroir, au point de se demander : sommes-nous vraiment ce que nous sommes ? 

J.-P. L